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    Le beurre et l’argent du beurre

    Michel David
    21 mars 2017 |Michel David | Québec | Chroniques

    Il est de bonne guerre pour un gouvernement de réserver ses largesses pour l’année électorale. Après avoir imposé une austérité qui a compromis la qualité des services publics, il faut cependant une bonne dose de cynisme pour devancer le paiement de factures qui pourraient très bien attendre afin de transformer le budget du printemps 2018 en véritable feu d’artifice pour les contribuables.

     

    Selon La Presse, le gouvernement Couillard puisera dans les surplus de l’année qui se termine le 31 mars pour payer des dépenses qui seraient normalement imputables à 2017-2018, comme l’achat de vaccins, des subventions à la recherche, etc.

     

    Dans certains cas, par exemple les deux traversiers commandés à la Davie dont la construction a pris beaucoup de retard, les sommes provisionnées ne seraient même pas décaissées. Pendant ce temps, on fait des coupes dans la formation des médecins de famille, comme Le Devoir le rapportait lundi.

     

    Durant la campagne de 2014, les libéraux avaient promis de remettre aux contribuables la moitié des surplus budgétaires, l’autre moitié devant être consacrée au remboursement de la dette. Bien entendu, si l’on s’organise pour qu’il n’y ait pas de surplus, on ne peut pas être accusé de manquer à sa promesse.

     

    En fin de semaine dernière, le premier ministre Couillard parlait du budget que Carlos Leitão présentera le 28 mars comme du « budget de l’espoir ». Il s’agit surtout de l’espoir d’être réélu en octobre 2018.

     

     

    Le dernier sondage Léger-Le Devoir visait d’abord à mesurer l’élan que l’arrivée de Gabriel Nadeau-Dubois et la nouvelle popularité de Manon Massé ont donné à Québec solidaire. Comme cela était prévisible, c’est le PQ qui en fait les frais. Il reste à voir si cet effet sera durable. Depuis sa fondation, QS a toujours obtenu de meilleures performances dans les sondages qu’aux élections, mais la progression n’en demeure pas moins constante.

     

    Alors que libéraux et péquistes étaient presque à égalité depuis trois mois, voilà que le PLQ se retrouve soudainement avec une avance de 9 points, pendant que la CAQ fait du surplace. Les libéraux ont beau diaboliser GND, ils ne demandent pas mieux que de le voir piétiner les plates-bandes péquistes.

     

    Une victoire avec 34 % des voix ne leur assurerait pas nécessairement une majorité de sièges, mais la « prime de l’urne » dont ils bénéficient traditionnellement pourrait bien faire la différence.

     

    Il est toujours hasardeux d’extrapoler la répartition des sièges à partir des sondages. Selon le site Too Close To Call, un résultat de 14 % permettrait toutefois à QS de remporter cinq circonscriptions. Outre Mercier, Gouin et Sainte-Marie–Saint-Jacques, qu’il devrait conserver sans difficulté, Hochelaga-Maisonneuve et Laurier-Dorion semblent à sa portée.

     

    Cette perspective n’est pas de nature à faciliter la « convergence ». Le PQ ne voudra vraisemblablement pas inclure dans les discussions son fief d’Hochelaga-Maisonneuve, et QS semble être en mesure d’arracher Laurier-Dorion aux libéraux sans son aide.

     

    Alors que près des trois quarts (73 %) des péquistes souhaitent une alliance entre les deux partis, moins de la moitié (43 %) des solidaires y sont favorables et il semble clair que GND ne fera rien pour grossir leur nombre. Alexandre Cloutier s’est voulu optimiste lundi, mais si l’expansion de QS doit se faire aux dépens du PQ, pourquoi lui permettre de se refaire une santé en l’aidant à reprendre le pouvoir ?

     

     

    Même s’il n’y a pas d’alliance, le dilemme du PQ demeurera le même. Les appuis de QS et de la CAQ sont nettement plus fragiles que les siens. Il y a 45 % des électeurs de la CAQ et 37 % des solidaires qui croient « probable » qu’ils changent d’avis d’ici la prochaine élection. Lesquels le PQ devrait-il courtiser ?

     

    Seule une minorité d’électeurs prennent la peine de lire en détail les plateformes des partis, mais il y a toujours une question autour de laquelle le débat se cristallise au cours d’une campagne électorale.

     

    En 2014, le poing levé de Pierre Karl Péladeau l’avait définie d’entrée de jeu. Pauline Marois avait beau n’avoir aucune intention de tenir un référendum, les libéraux n’ont eu aucune difficulté à imposer le thème de la souveraineté.

     

    À force de répéter qu’il n’y aura pas de référendum dans un premier mandat, Jean-François Lisée devrait réussir à convaincre une majorité d’électeurs de sa sincérité, même si le PLQ et la CAQ vont s’employer à entretenir le doute.

     

    Il y a cependant une autre question qui est devenue une véritable ligne de partage : faut-il baisser les impôts, oui ou non ? Le premier ministre Couillard a manifestement décidé d’en faire la question de l’urne en préparant le terrain pour une baisse majeure l’an prochain. Il faut aussi s’attendre à ce que François Legault renchérisse.

     

    Jean-François Lisée fait plutôt le pari qu’après les années d’austérité, les Québécois vont préférer les réinvestissements dans les services aux baisses d’impôt. Le problème est que les libéraux vont promettre les deux. Le beurre et l’argent du beurre.













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