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    Produits laitiers

    Caprice américain

    Manon Cornellier
    20 avril 2017 |Manon Cornellier | Canada | Éditoriaux

    À en croire le président des États-Unis, Donald Trump, le marché canadien serait fermé aux produits laitiers américains au point de léser ses producteurs. Lui qui prêche l’achat chez lui en a plutôt contre la volonté des producteurs canadiens de résister loyalement à la concurrence américaine.


    Les chiffres ne mentent pas. Le Canada est un importateur net de produits laitiers et plus de la moitié des importations viennent des États-Unis. Selon Statistique Canada, la valeur des importations canadiennes de produits laitiers atteignait 971 millions de dollars en 2016, dont 557 millions en provenance des États-Unis. Par rapport à 2015, il s’agit d’une hausse de 17 %. Toujours en 2016, nos exportations de produits laitiers totalisaient seulement 235 millions, dont un peu plus de la moitié étaient destinés à nos voisins américains.

     

    En qualifiant d’inéquitable la politique laitière canadienne devant ses partisans du Wisconsin mardi, Donald Trump a fait fi de la réalité, d’autant plus qu’il cherchait à défendre le lait diafiltré, un lait enrichi de protéines alimentaires pouvant servir dans la fabrication des fromages.

     

    L’ALENA permet depuis toujours aux transformateurs américains d’exporter au Canada les matières protéiques de lait, le tout en franchise de droits et à l’abri des quotas imposés au lait frais. La quantité de protéines de lait qui peut être utilisée dans les fromages est toutefois réglementée, contrairement au lait frais, ce qui limite le marché.

     

    Vers la fin des années 2000, les Américains ont conçu un lait diafiltré qui contient juste assez de protéines pour se soustraire aux quotas, mais pas assez pour ne pas faire office de lait frais dans la production de fromage. Du coup, ils ont pu exporter autant de lait que les producteurs de fromage canadiens en demandaient, ce qui s’est produit, le lait diafiltré étant moins cher que le lait frais canadien. L’impact sur les fermiers a été immédiat. Au Québec, on estime leurs pertes entre 500 $ et 1000 $ par semaine.

     

    Cette porte d’entrée que les Américains ont su exploiter pour écouler leur lait existe toujours, mais, depuis environ un an, il y a concurrence. Des transformateurs d’ici ont commencé à produire du lait diafiltré et les producteurs de lait canadiens, désireux de récupérer leur part du marché, ont accepté de leur vendre leur lait frais au prix mondial.

     

    Les Américains ont vu leur marché diminuer, et c’est ce qu’ils ne digèrent pas, accusant les Canadiens de concurrence déloyale. Voilà le refrain qu’a repris M. Trump, lui qui a pourtant signé un décret « Buy American », un modèle de mauvaise foi commerciale.

     

    Fort heureusement, l’ambassadeur du Canada aux États-Unis, David MacNaughton, a aussitôt corrigé le président en citant un rapport du ministère américain de l’Agriculture. Ce dernier montrait que les difficultés du secteur laitier américain étaient surtout attribuables à une surproduction nationale et mondiale et que le Canada n’y contribuait pas.

     

    Il aurait pu ajouter que l’industrie américaine profite aussi d’un soutien indirect grâce, entre autres, aux investissements dans les infrastructures, dans l’irrigation, grâce aux crédits à l’exportation, aux programmes d’aide alimentaire et au soutien à la production de céréales fourragères.

     

    La rapidité de la réplique canadienne est la bienvenue. Elle semble signaler une volonté de défendre la politique laitière. Ottawa ne doit toutefois pas fléchir sous la pression qui se fera inévitablement sentir au cours des prochains mois, car céder, que ce soit sur le lait diafiltré ou, pire, sur la gestion de l’offre, serait renoncer à une politique nécessaire pour la survie des fermes familiales, l’autonomie alimentaire et un plus grand contrôle sur la qualité du lait que les Canadiens consomment.













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