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    Présidentielle française: un enjeu sécuritaire en fin de course

    La menace terroriste peut-elle changer la donne?

    20 avril 2017 | Christian Rioux - Correspondant à Paris | Europe
    Deux présumés djihadistes ont été arrêtés à Marseille, mardi.
    Photo: Benjamin Cremel Agence France-Presse Deux présumés djihadistes ont été arrêtés à Marseille, mardi.

    L’arrestation de deux présumés djihadistes mardi à Marseille va-t-elle changer le cours d’une campagne où l’on a finalement assez peu parlé de sécurité ? La découverte mardi d’un attentat « imminent », selon les mots du procureur de la République, a déjà tendu l’atmosphère de cette campagne dont les mesures de sécurité ont été considérablement renforcées. Mais elle pourrait aussi faire de la lutte contre le terrorisme un thème majeur de cette fin de course. Comme si la France se rappelait soudain qu’elle était en état d’urgence.

     

    Les analystes ont évidemment en tête le scénario du 11 mars 2004, alors que l’attentat contre la gare Atocha de Madrid avait précipité la défaite du premier ministre José-Maria Aznar. Celui-ci avait en effet tenté de faire porter le chapeau aux terroristes basques, alors qu’il s’agissait d’un attentat islamiste. Pour l’heure, les arrestations de Marseille ont surtout eu pour résultats d’obliger tous les candidats à réaffirmer leurs convictions en faveur de la lutte antiterroriste et de braquer les projecteurs sur leur programme respectif.

     

    « Des bouquets de fleurs »

     

    Chose certaine, la candidate du Front national, dont les intentions de vote se tassent légèrement depuis quelques semaines, n’a pas attendu que la poussière retombe pour voir dans ces arrestations une justification de son programme anti-immigration. Au Front national, plusieurs sont d’ailleurs convaincus que ce n’est pas une coïncidence si ces arrestations sont intervenues 24 heures avant l’assemblée de Marine Le Pen à Marseille mercredi.

     

    Mercredi, dans le quotidien La Provence, la candidate a estimé que la France menait la guerre contre le groupe État islamique « avec des bouquets de fleurs ». Selon elle, si elle avait été présidente, les derniers attentats qui ont frappé la France ne se seraient pas produits. Une affirmation démentie par tous les experts. La candidate n’en propose pas moins l’expulsion de tous ceux qui sont fichés comme dangereux par la Sûreté de l’État et qui détiennent la double nationalité.

     

    Depuis une semaine, Marine Le Pen consacre l’essentiel de ses discours à l’immigration. Lorsque lundi soir, à Paris, elle a proposé un moratoire sur toute immigration légale, elle était d’ailleurs au courant de la menace terroriste puisque les candidats avaient été avertis, rappelle le journaliste de La Provence François Tonneau. Selon lui, même si elles n’influencent pas radicalement le vote en faveur de Marine Le Pen, les récentes arrestations peuvent « la remettre dans la lumière puisqu’elle peut en profiter pour marteler ses thèmes de prédilection ».

     

    Chez François Fillon, on joue plutôt la carte de la retenue. « Il ne faudrait pas focaliser le débat sur les questions de sécurité », a affirmé le candidat, qui a pourtant dû annuler mercredi à la dernière minute une visite dans un centre de formation en informatique, officiellement pour des raisons de sécurité. À droite, on sait fort bien que, dans le studio où trois kilos d’explosifs ont été saisis, les policiers ont découvert un photomontage associant une page du journal Le Monde où figurait François Fillon à une photo de l’un des suspects avec un fusil-mitrailleur.

     

    Depuis, les déplacements du candidat de la droite sont encadrés par 12 policiers, dont deux tireurs d’élite. Un niveau de sécurité inégalé parmi les candidats à la présidentielle. Ses proches ont aussi révélé qu’il avait refusé de porter un gilet pare-balles malgré la demande des policiers.

     

    « Au cours de la campagne, Fillon est clairement apparu comme le candidat dont le discours est le plus anti-sunnite radical, davantage même que Marine Le Pen », expliquait Romain Caillet dans les pages du Figaro. Pour ce spécialiste de Daech, « Fillon est aussi celui qui défend avec le plus de vigueur les chrétiens d’Orient ». Des positions qui ne sont pas nouvelles puisqu’en septembre 2016, le candidat aux primaires de la droite avait publié un livre intitulé Vaincre le totalitarisme islamiste (Albin Michel).

     

    Instrumentalisation ?

     

    Dans l’entourage de Benoît Hamon et d’Emmanuel Macron, qui n’ont pratiquement pas abordé les questions de sécurité en campagne, on s’inquiète plutôt d’une instrumentalisation politique. « Je ne cherche pas à en faire un fait de campagne. Je n’ai pas envie d’instrumentaliser politiquement cet événement-là, qui est suffisamment grave », a déclaré le candidat socialiste.

     

    Dans les rangs d’Emmanuel Macron, on ne pouvait que se féliciter de la présence sur scène mercredi soir à Nantes du ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian. Une façon de donner de la crédibilité au candidat d’En Marche !, qui est demeuré jusqu’à récemment plutôt discret sur ces questions.

     

    Selon le directeur du magazine L’Express, Christophe Barbier, interviewé sur BFM-TV, ces arrestations ne devraient rien changer au vote, même si « cela change l’ambiance et évidemment, cela peut avoir un impact sur la mobilisation ».

     

    À Paris, les républicains Jean-François Legaret et Nathalie Kosciusko-Morizet ont d’ailleurs adressé une lettre à la mairesse (PS) de Paris, Anne Hidalgo, dans laquelle ils jugent insuffisantes les mesures de sécurité déployées autour des bureaux de vote. Dimanche, environ 50 000 policiers et gendarmes seront mobilisés pour sécuriser les 67 000 lieux de vote sur tout le territoire français.













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