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    Frappes en Syrie: et après?

    Au-delà de la guerre de mots entre la Russie et les États-Unis, le conflit reste entier au lendemain de l’attaque punitive

    8 avril 2017 |Marco Fortier | États-Unis
    Un père pleure la mort de son bébé d’un an, victime d’un bombardement des forces d’Al-Assad à Douma, une ville tenue par les rebelles.
    Photo: Abd Doumany Agence France-Presse Un père pleure la mort de son bébé d’un an, victime d’un bombardement des forces d’Al-Assad à Douma, une ville tenue par les rebelles.

    Les États-Unis et la Russie ont échangé de sévères mises en garde, vendredi, au lendemain de l’attaque-surprise américaine contre une base aérienne du régime de Bachar al-Assad.

     

    La poussière est à peine retombée sur la base militaire d’Al-Chaayrate, en Syrie, ciblée par 59 missiles Tomahawk américains. Mais vendredi, les bombardements ont fait place à une guerre de mots. Cette première intervention militaire américaine contre le régime Assad depuis le début du conflit, il y a six ans, a piqué au vif le président russe, Vladimir Poutine, qui défend le gouvernement syrien depuis 2015. Un porte-parole du président russe, Dmitri Peskov, a dénoncé l’attaque « illégale » lancée par les États-Unis.
     

    Photo: Jewel Samad Agence France-Presse La représentante des États-Unis aux Nations unies, Nikki Haley 
     

    Nikki Haley, ambassadrice américaine aux Nations unies, a répliqué que le président Donald Trump est prêt à frapper de nouveau. « Les États-Unis ont répondu de façon très modérée hier soir. Nous sommes prêts à en faire plus, mais nous souhaitons que ce ne soit pas nécessaire », a-t-elle dit vendredi.

     

    Des experts s’attendent à une escalade de la guerre verbale entre les présidents Trump et Poutine au cours des prochains jours. Mais il est peu probable que le conflit vire à l’affrontement militaire entre les deux puissances, selon eux.

     

    La Russie a convoqué une réunion d’urgence du Conseil de sécurité des Nations unies. Le Pentagone, de son côté, a déclenché une enquête sur le rôle présumé de la Russie dans l’attaque chimique de mardi, qui a tué au moins 80 personnes, dont des femmes et des enfants, dans la ville rebelle de Khan Cheikhoun, en Syrie.

     

    Photo: Jewel Samad Agence France-Presse Le représentant de la Russie aux Nations unies, Vladimir Safronkov

    Le président Donald Trump a attribué au régime de Bachar al-Assad la responsabilité de cette attaque « odieuse », qu’il a qualifiée de « honte pour l’humanité ». Le président syrien s’est défendu d’avoir attaqué son propre peuple avec ce qui ressemble à du gaz sarin, une arme hautement toxique qui est interdite par des traités internationaux.

     

    La communauté internationale a largement appuyé l’attaque américaine contre la base syrienne et estime que le régime Assad est responsable du massacre à l’arme chimique de cette semaine.

     

    Des chefs imprévisibles

     

    Des experts estiment que tout peut arriver en raison de la personnalité de Trump et de Poutine. Mais les États-Unis comme la Russie n’auraient rien à gagner d’une escalade militaire.

     

    « Les deux hommes sont imprévisibles, dit Houchang Hassan-Yari, professeur au Département de science politique du Collège militaire royal du Canada, à Kingston en Ontario. La personnalité de Poutine est un peu comme celle de Trump. Il veut être apprécié comme un chef solide, qui ne recule pas devant l’adversaire. On peut penser que les deux vont essayer de sauver la face dans les prochains jours. »

     

    L’attaque-surprise aux missiles Tomahawk, lancée à partir de deux navires stationnés dans la mer Méditerranée, représente tout un revirement dans la position de Donald Trump, note M. Hassan-Yari. Jusqu’à la semaine dernière, le président américain s’accommodait de la présence de Bachar al-Assad à la tête de la Syrie.

     

    Trump avait aussi émis plusieurs mises en garde contre une intervention américaine après l’attaque chimique qui avait fait des centaines de morts (jusqu’à 1800, selon l’opposition syrienne) en août 2013 en banlieue de Damas. Le président Barack Obama avait renoncé à bombarder le régime Assad, même si celui-ci avait franchi la « ligne rouge » évoquée par Washington — le recours aux armes chimiques.

     

    Obama n’était pas intervenu par crainte de répéter l’erreur commise avec l’invasion de l’Irak en 2003, rappelle Thomas Juneau, professeur adjoint à l’École supérieure d’affaires publiques et internationales de l’Université d’Ottawa. Le prédécesseur de Donald Trump craignait que la chute de Bachar al-Assad aggrave le chaos en Syrie, comme c’est arrivé en Irak après la défaite de Saddam Hussein. Les officiels américains ont sans doute rappelé ce risque au président Trump.

     

    Le danger de s’embourber

     

    « Il y a un risque d’engrenage, de la pente glissante pour les Américains, dit Thomas Juneau. Si le régime Assad s’effondrait, on se ramasserait dans une éventuelle situation post-conflit où on n’aurait pas d’institutions étatiques pour reconstruire la Syrie. Le régime Assad, on a l’impression qu’il est fort, qu’il domine l’opposition, mais ce n’est pas vrai : il est extrêmement fragile, il survit parce que l’opposition est encore plus faible. »

     

    Le professeur estime que l’attaque de jeudi ne change rien au conflit syrien pour le moment. « C’est un conflit figé, un conflit qu’aucun parti, que ce soit le gouvernement Assad ou un des groupes de l’opposition, ne peut gagner. »

     

    Le président Trump a indiqué que la frappe américaine visait à dissuader le régime syrien de recourir aux armes chimiques. Rien de plus, pour l’instant. La réplique ferme et agressive des Russes n’est pas étonnante, selon Thomas Juneau. Il croit cependant que le président Poutine n’a aucun avantage à chercher l’affrontement militaire avec Washington, tout simplement parce que les États-Unis ont « infiniment plus de moyens que les Russes ».

     

    « La Russie a gagné beaucoup d’influence en Syrie depuis deux ans, d’abord et avant tout parce que les Américains étaient relativement peu présents. Donc, l’objectif de la Russie, c’est que les Américains demeurent relativement peu présents. Comment faire ça aujourd’hui pour les Russes ? En évitant une escalade. Mon impression, c’est qu’ils vont essayer de calmer le jeu pour éviter d’entraîner les Américains dans ce conflit-là », dit M. Juneau.













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