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    «L’Amérique d’abord» plaît aux jeunes

    Le premier document d’orientation budgétaire présenté par le président Trump cette semaine confirme son credo de « l’Amérique d’abord ». S’il sera l’objet d’un âpre combat politique avec le Congrès, qui dispose seul du pouvoir de voter le budget, les priorités du gouvernement semblent faire écho aux préférences d’une partie significative de la population américaine, plus précisément des jeunes.

     

    Définissant de façon étroite les intérêts nationaux, réduisant considérablement les moyens d’action du gouvernement fédéral et accordant la priorité à la sécurité, le projet de budget de la Maison-Blanche ne surprend guère. Il illustre néanmoins une ignorance crasse des menaces qui guettent les États-Unis et des outils permettant de défendre les intérêts américains sur la scène internationale.

     

    L’érosion volontaire du « soft power »

     

    Certes vague, le document présenté mardi laisse en effet craindre un désengagement et un repli derrière une « forteresse Amérique ». Ainsi, l’augmentation de 54 milliards du budget de la Défense serait couplée à une réduction draconienne (de l’ordre de 30 %) des sommes consacrées à l’action internationale. Dans cette perspective, les moyens financiers accordés au département d’État et à l’agence américaine pour le développement international (USAID) atteindraient leur niveau le plus bas depuis 2002.

     

    Le gouvernement Trump entend également revoir à la baisse la participation américaine au sein de l’ONU et de ses institutions spécialisées. Au-delà d’une volonté de renégocier les contributions de Washington au budget de l’ONU et à celui des opérations de paix (qui s’élèvent respectivement à 22 % et 28 %), elle laisse planer le doute sur l’adhésion des États-Unis à certains organes onusiens. C’est le cas notamment en ce qui concerne le Conseil des droits de l’homme.

     

    Créé en 2006, le Conseil pâtit d’une réputation sulfureuse. Ses États membres ne sont pas toujours des modèles en matière de respect des droits de la personne et ses travaux traduisent une certaine obsession vis-à-vis d’Israël. Les États-Unis se sont joints au Conseil en 2009 sur décision du président Barack Obama. Depuis, le Conseil n’a consacré que deux séances à la situation dans l’État hébreu, contre six entre 2006 et 2009. En outre, le Conseil a produit des rapports qui font autorité sur les exactions commises en Corée du Nord, en Syrie, ou encore au Sri Lanka. Si ces documents n’ont pas permis de changer radicalement les choses sur le terrain, ils constituent néanmoins des références précieuses pour les défenseurs des droits de la personne, notamment dans les rangs républicains au Congrès.

     

    La proposition de budget du président Trump prévoit par ailleurs une réduction de l’ordre de 650 millions de dollars sur trois ans de la contribution américaine aux institutions multilatérales oeuvrant pour le développement, notamment la Banque mondiale. Le désengagement américain fait courir le risque à ces institutions internationales de ne pas pouvoir remplir leurs missions.

     

    Pire, en procédant ainsi, le gouvernement Trump éroderait la capacité de la puissance américaine à édicter les règles du jeu international, que ce soit en matière de commerce, de finance ou encore de droits de la personne. Un tel effacement ne manquerait pas d’être exploité par des puissances désireuses de faire valoir davantage leurs points de vue sur la scène internationale, au premier rang desquelles la Chine et la Russie.

     

    L’idole des jeunes

     

    Si l’élection de Donald Trump traduit un certain ras-le-bol, une colère chez les Américains, elle n’est toutefois pas synonyme d’une remise en cause de l’implication des États-Unis dans les affaires du monde. Une étude d’opinion publiée par Gallup début février démontre en effet qu’environ les trois quarts d’entre eux sont favorables à un rôle actif de leur pays sur la scène internationale. Ce niveau d’appui est constant depuis le début du XXIe siècle et constitue même un rare sujet de consensus entre démocrates et républicains.

     

    Le changement de ton à la Maison-Blanche ne semble donc pas pour l’instant avoir fait changer les préférences des Américains. Il est cependant frappant de constater dans l’étude de Gallup que ce sont les jeunes âgés de 18 à 34 ans qui manifestent le plus grand scepticisme quant au rôle des États-Unis dans le monde. Ils sont en effet 38 % à privilégier un retrait ou un repli, contre 22 % seulement pour les plus de 35 ans.

     

    Les démocrates au Congrès et nombre de républicains ont dénoncé les coupes budgétaires envisagées par le gouvernement Trump, les jugeant trop radicales, contraires aux traditions américaines et néfastes à long terme pour la sécurité des États-Unis. Ils ne devraient pas oublier de rappeler à leurs concitoyens les plus jeunes que ce n’est qu’en s’engageant activement dans les affaires du monde que les États-Unis ont contribué, au XXe siècle, à la fondation d’un ordre international généralement pacifié et prospère.













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