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    Mort, pillages et faim: chronique d’une nuit d’émeute au Venezuela

    22 avril 2017 | Javier Tovar - Agence France-Presse à Caracas | Actualités internationales
    Des incidents ont eu lieu à Caracas ainsi que dans d’autres villes.
    Photo: Ronaldo Schemidt Agence France-Presse Des incidents ont eu lieu à Caracas ainsi que dans d’autres villes.

    Au lendemain d’une nuit d’émeutes à Caracas qui a fait 12 morts, un homme fouille les restes des pillages, trouve de la nourriture et l’avale. Autour de lui, des décombres, des impacts de balles et une flaque de sang.

     

    « On aurait dit la guerre des étoiles », résume Sonia Rodriguez, 50 ans, qui tient une boucherie dans le quartier populaire d’El Valle, dans le sud-ouest de la capitale. On dénombre des dizaines de magasins saccagés.

     

    Une bande jaune et noire de la brigade criminelle tient à distance les curieux devant une boulangerie transformée en scène de crime : huit personnes y ont péri la veille, selon un policier sur place. Si les circonstances restent confuses, le parquet parle d’une électrocution.

     

    Sur les douze morts de la nuit de jeudi à vendredi, 11 ont perdu la vie à El Valle et un douzième homme a été tué par balle à Pétaré, ancien bastion chaviste de l’est de Caracas.

     

    Liria Henriquez, 42 ans, a tout vu « au premier rang » depuis le balcon de son appartement qui donne sur cette rue d’El Valle transformée en champ de bataille.

     

    Plongé dans une crise politique et économique depuis début 2016, le Venezuela connaît un regain de tension et des violences qui ont fait 20 morts depuis début avril lors de manifestations de l’opposition.

     

    D’une manifestation à l’affrontement

     

    Jeudi soir, tout a commencé par un concert de casseroles, qui a dégénéré en blocage de rues et en face-à-face avec les autorités.

     

    Les forces de l’ordre ont fait usage de gaz lacrymogènes pour disperser les manifestants qui ont répondu avec des jets de pierres et de bouteilles. Sur les réseaux sociaux, des vidéos montrent un véhicule antiémeute qui lançait des jets d’eau touché par plusieurs cocktails Molotov.

     

    C’est à partir de minuit, avec l’arrivée des habitants d’une zone très pauvre située tout près, que les pillages ont débuté, poursuit Liria Henriquez, qui vit là depuis 20 ans.

     

    « Soudain, tous les policiers avaient disparu.Les gens ont cassé [l’accès à un commerce] durant deux heures et après, pendant quatre heures, ils ont tout sorti, et il n’y avait pas un policier », raconte cette femme à propos d’un supermarché dévasté.

     

    Étagères renversées, frigos détruits et privés de leur moteur, et quelques restes d’aliments sont encore visibles sur le sol.

     

    Dans la rue Cajigal, des hommes et des enfants fouillent les détritus alimentaires pour voir ce qu’ils peuvent encore sauver.

     

    « Un nouvel épisode de haine et d’intolérance a rempli de douleur les rues du Venezuela », a déclaré le vice-président Tareck El Aissami à propos de cette deuxième nuit consécutive de pillages, accusant l’opposition de « comploter en vue d’actions criminelles au côté de bandes armées qui attaquent le peuple ».

     

    De son côté, Henrique Capriles, le principal leader de l’opposition au président socialiste Nicolas Maduro, a blâmé « les dirigeants maduristes, avec leurs sbires, avec leurs groupes paramilitaires ».

     

    Isabel Mendoza, 54 ans, une autre commerçante à qui on n’a même pas laissé les ampoules, en est convaincue : « ce n’est ni l’opposition, ni le chavisme, tout le monde était là ».

     

    « Ici sont descendus ceux qui cherchaient de la nourriture, on suppose qu’ils avaient faim », ajoute-t-elle.

     

    « Ça, ce n’est pas avoir faim, c’est de la délinquance. C’est profiter de la situation du pays pour faire le mal », rétorque Mme Rodriguez, qui regarde ce qui reste de sa boucherie : « des os et du verre cassé ».

     

    À quelques kilomètres de là, sur la terrasse de la maternité Hugo Chavez, on peut encore voir des pierres, qui ont été lancées par « des bandes armées engagées par l’opposition », selon le gouvernement. Les antichavistes (du nom du défunt président Hugo Chavez, 1999-2013) contestent cette version et assurent que les nouveau-nés ont dû être placés en lieu sûr à cause des gaz lacrymogènes lancés par les forces de l’ordre.

     

    C’est la fumée de poubelles incendiées qui a obligé les médecins à évacuer 54 personnes, dont des nourrissons et leurs mères, a expliqué la directrice de l’établissement Rosalinda Prieto, écartant la version de l’opposition.

     

    Des salariés montrent une porte vitrée fissurée. Elle a dû être barricadée avec des chaises. Dans le couloir, une infirmière assure que « s’ils entraient, ils nous tuaient tous ».













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