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    Libre opinion

    Le libre-échange pour le 1%

    18 mars 2017 | Normand Pépin - Sociologue et responsable du service de la recherche à la Centrale des syndicats démocratiques | Actualités économiques
    «C’est la baisse de la valeur du dollar canadien qui a fait bondir les exportations québécoises dans les années 1990, pas le libre-échange», plaide Normand Pépin.
    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir «C’est la baisse de la valeur du dollar canadien qui a fait bondir les exportations québécoises dans les années 1990, pas le libre-échange», plaide Normand Pépin.

    Réponse à l’éditorial de Robert Dutrisac « Le libre-échange pour les nuls », Le Devoir 14 mars 2017


    M. Dutrisac, je vous rassure tout de suite, il n’est pas nécessaire d’être de la gauche la plus à gauche pour s’élever contre le libre-échange parce qu’il existe un énorme malentendu sur ce que ce terme recoupe. Votre éditorial de mardi en est un excellent exemple : vous ne parlez que de commerce alors que, depuis l’ALENA, le commerce comme tel n’occupe que quelques pages de ces énormes traités. Il y est aussi, et peut-être surtout, question de protection des investisseurs étrangers, de droits de propriété intellectuelle, de souveraineté alimentaire, de façon de livrer les services publics, et j’en passe.

     

    Aussi, s’élever contre le libre-échange ne veut pas nécessairement dire vouloir vivre en autarcie, comme vous le dites, c’est plutôt s’élever contre le pouvoir extraordinaire que les traités de libre-échange accordent aux entreprises et à leurs dirigeants. Pendant la phase des négociations, seuls les lobbys d’affaires ont vraiment leur mot à dire, ils dictent même dans certains cas ce qui doit être négocié.

     

    Dès l’entrée en vigueur du traité, les entreprises, qui ne sont pas signataires de l’accord, peuvent poursuivre des gouvernements si des décisions que ceux-ci ont prises nuisent potentiellement à leurs profits, même quand la décision vise à protéger le bien commun. Elles peuvent aussi obtenir des délais supplémentaires avant que les brevets qu’elles détiennent ne deviennent du domaine public ; dans le domaine pharmaceutique, ça leur permet de maintenir les prix de médicaments élevés et d’engranger davantage de profits plus longtemps au détriment de l’accès du plus grand nombre à des médicaments abordables.

     

    En libéralisant petit à petit le secteur agricole, les grandes entreprises multinationales peuvent s’imposer encore un peu plus sur nos marchés au détriment des petits producteurs d’ici. Quand vient le temps d’accorder des contrats par l’entremise des marchés publics, l’interdiction de la préférence nationale, sociale ou environnementale fait en sorte que les contrats octroyés par les gouvernements ont peu ou pas de retombées chez nous alors même que ce sont les contribuables d’ici qui financent ces mêmes contrats par leurs impôts.

     

    En matière d’exportations, il n’y a qu’un fait indéniable : c’est la baisse de la valeur du dollar canadien qui a fait bondir les exportations québécoises dans les années 1990, pas le libre-échange. À moins d’être en mesure de démontrer que la chute du dollar canadien est due au libre-échange, ce que personne n’a fait à ce jour à ma connaissance.

     

    Les accords de libre-échange ne sont pas néfastes pour tout le monde, loin de là, une petite minorité en profite, les grandes entreprises et leurs dirigeants, alors que le reste de la population y perd.


    Réponse de l'éditorialiste

    Vous écrivez qu’en matière d’exportations, il est indéniable que c’est la baisse du dollar canadien qui a fait bondir les exportations québécoises aux États-Unis. Permettez-moi de m’inscrire en faux. Selon l’économiste Pierre Fortin, la baisse du dollar n’expliquerait que 20 % de la forte hausse de ces exportations, qui sont passées de 19 à 61 milliards entre 1992 et 2000. Au-delà de ces données, il tombe sous le sens que le Québec, en tant que petite nation fortement exportatrice, doit avoir accès aux marchés étrangers. En outre, les marchés publics québécois, ce qui comprend les municipalités, ne sont pas compris dans l’ALENA, contrairement à ce que vous laissez entendre. Certes, cet accord présente des inconvénients. Mais l’imposition de tarifs par les États-Unis sur les produits québécois serait dévastatrice ; on l’a vu dans le passé avec le bois d’oeuvre, un secteur exclu de l’accord. Je vous rappellerai qu’au Québec, plus de 600 000 emplois, essentiellement dans des entreprises manufacturières, dépendent des exportations à l’étranger, dont 70 % sont destinées à nos voisins du Sud.

    Robert Dutrisac













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