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    Paul Hébert, la mort d’un patriarche

    Le grand homme de théâtre s’éteint à 92 ans

    21 avril 2017 | Manon Dumais - Collaboratrice | Théâtre
    L’acteur et metteur en scène Paul Hébert en 2004
    Photo: Clément Allard La Presse canadienne L’acteur et metteur en scène Paul Hébert en 2004

    L’acteur et metteur en scène Paul Hébert est mort jeudi entouré des siens, à l’âge de 92 ans. La nouvelle a été annoncée en fin de soirée par le Théâtre du Trident, qui par la voix de sa directrice, Anne-Marie Olivier, a pleuré la perte du cofondateur de cette institution culturelle de la Capitale-Nationale. « Nous venons de perdre notre patriarche. Sa voix va résonner encore longtemps au théâtre et dans nos cœurs. ».

    Paul Hébert aura passé sa vie devant et derrière les rideaux. Il avait quitté le métier sur la pointe des pieds en 2005. « Jouer avec Paul était un bonheur complet, c’est très rare dans la vie d’un interprète de toucher à la perfection. Tout ce qu’il faisait était extraordinaire, il avait la justesse parfaite dans son jeu », a raconté Anne-Marie Olivier.

    Né le 28 mai 1924, ce natif de Thetford Mines perd son père à trois ans, puis sa mère à 14 ans. Attiré par le théâtre, il foule les planches pour la première fois au Collège de Lévis dans la pièce d’Henri Ghéon La bergère au pays des loups, dont il est aussi l’assistant metteur en scène.

    Remarqué par Pierre Boucher lors d’une représentation au collège, Paul Hébert devient membre de la troupe Les Compagnons de Québec en 1945 ; il y signe la mise en scène du Jeu de l’amour et du hasard de Marivaux, où il interprète le valet Arlequin. Le jeune homme poursuit alors ses études classiques à l’Université Laval. Suivant la suggestion de son mentor Pierre Boucher, Paul Hébert poursuit sa formation d’acteur à Londres en 1949.

    « Il m’avait dit qu’à Paris on enseignait le théâtre, alors qu’à Londres on s’entraînait : ça m’a plu ! J’ai travaillé très fort, j’ai passé l’audition à New York, j’ai décroché une bourse du British Council et je suis devenu le premier Canadien, francophone ou anglophone, à jamais étudier au Old Vic School… Je maîtrisais mal la langue, ce fut difficile, mais c’est une des expériences les plus marquantes de toute ma vie », racontait l’acteur de sa voix profonde et magnifique au Devoir en 2007 alors qu’il recevait le prix Denise-Pelletier.

    Parcours remarquable

    Dès son retour au Québec en 1952, l’acteur et metteur en scène s’impose comme figure marquante du théâtre. Son amie Gisèle Gallichan se souvient d’un homme humble, qui était passionné par ce qu’il faisait : « Il a fait du théâtre et de l’art dramatique son apostolat. Il embrigadait ses collègues et ses proches dans son sillon. Il était tellement passionné par ce qu’il faisait qu’il ne pouvait pas faire autre chose que d’embrigader les gens autour de lui. »

    En 1954, il fonde le théâtre d’Anjou ; l’année suivante, il fonde avec l’acteur Albert Millaire le premier théâtre d’été, le Chantecler. Viennent ensuite l’Esterel (1961), L’Atelier (1964) et le Théâtre Paul-Hébert à l’île d’Orléans (1982). En 1998, ce théâtre déménage au sommet de la chute Montmorency et devient le Théâtre de la Dame blanche.

    En 1965, Paul Hébert enseigne l’improvisation à l’École nationale de théâtre. En 1969, on le nomme directeur du Conservatoire d’art dramatique de Montréal et vice-président du Centre national des arts à Ottawa ; l’année suivante, il devient directeur du Conservatoire d’art dramatique de Québec. Il ne reste pas longtemps en fonction puisque le devoir l’appelle ailleurs.

    Cofondateur du Trident, Paul Hébert en devient le premier directeur artistique (1971-1978). Il y signe notamment les mises en scène de Charbonneau et le chef de John Thomas McDonaugh, où Jean Duceppe et Jean-Marie Lemieux créent respectivement les rôles de Maurice Duplessis et du monseigneur Charbonneau, et La mort d’un commis voyageur d’Arthur Miller, où Duceppe trouve le plus grand rôle de sa carrière.

    Homme de scène, Paul Hébert s’est également démarqué au petit écran. Outre son rôle d’Henri Delisle dans 14, rue de Galais (1954-1957), ses rôles de Charles Beauchemin dans Race de monde (1978-1981) et Siméon Desrosiers dans Le temps d’une paix (1980-1986) retiennent l’attention des téléspectateurs. Au cinéma, on le retrouve dans l’univers de Gilles Carle (La vie heureuse de Léopold Z, 1965), d’Yves Simoneau (Les yeux rouges, 1982 ; Les fous de Bassan, 1987) et de Robert Lepage (Le confessionnal, 1995). On le voit au grand écran une dernière fois dans Route 132 de Louis Bélanger (2010).

    Fait officier de l’Ordre du Canada en 1987, Paul Hébert est devenu membre de l’Académie des grands Québécois en 1992 et reçu Chevalier de l’Ordre national du Québec en 1996. Au-delà des rôles, des titres et des honneurs, c’est la mise en scène qui aura été le plus important au cours de sa longue et prodigieuse carrière : « Faire vivre concrètement l’imaginaire d’un auteur et de ses personnages dès le premier contact avec le texte, c’est le bonheur… », confiait-il au Devoir en 2007.













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